Du machiavélisme « Assadien » renouvelé !

By Alain-Michel Ayache on October 2, 2008

À en croire les nouvelles en provenance de Damas, la voiture piégée qui a explosé le samedi 27 septembre dernier serait le travail d’un terroriste irakien lié à Al-Qaïda. Ce « terroriste-suicidaire » se serait fait exploser avec sa voiture en plein milieu de la foule dans une région dense sur le chemin de l’aéroport. Les nouvelles annoncent également que l’explosion a fait exactement 17 morts et 14 blessés, tous des civils!Or, voilà! Là où cette histoire devient un peu trop loufoque, c’est lorsqu’elle pointe du doigt des citoyens d’autres pays arabes voisins qui se seraient aventurés sur le sol syrien!

 

Un pays sous haute surveillance

N’importe quel spécialiste et observateur de la région du Proche-Orient en général et de la Syrie en particulier, vous dira qu’il est pratiquement impossible pour un étranger et encore moins pour un citoyen arabe de la région de rentrer aux toilettes sans qu’il ne soit sous la surveillance des services secrets syriens. Or, depuis quelques temps, une série d’assassinats ciblés semblent prendre de l’ampleur en Syrie et surtout dans la capitale, Damas. Ce qui est plus étrange, c’est que ces assassinats ciblent souvent des généraux d’état-major de l’armée syrienne et souvent des services de renseignement. Des officiers responsables de dossiers très sensibles reliés d’une manière ou d’une autre à la problématique du Hezbollah et de l’Iran du moins pour certains. Bien entendu, le bouc-émissaire officiel est toujours Israël. Sauf pour ce dernier cas où c’est maintenant Al-Qaïda qui est officiellement pointée du doigt et pour cause.

En effet, cette explosion qui vient de secouer encore une fois le centre de Damas n’est pas sans créer des controverses. Ainsi, trois thèses se disputent les causes et la nature du message dont l’attentat serait porteur.

 

La version officielle

La première, qui est la version officielle, veut que cet acte ait été commis par un terroriste venu spécialement d’Irak conduisant une VUS de marque Suburban de couleur lie-de-vin et qui voulait transmettre un message aux autorités syriennes qui sont d’une part ouvertes au dialogue avec les Israéliens et de l’autre se battent contre les Sunnites par troupes interposées, entendez les alliés alaouites au Liban qui se battent contre les intégristes sunnites proche du camp Hariri. Donc, pour Damas, ce sont les Sunnites intégristes au Liban qui auraient payé ou encouragé le « terroriste sunnite irakien » de conduire jusqu’à Damas pour se faire sauter avec sa voiture emportant avec lui 17 civils. Étrange aventure lugubre! Car d’habitude dans des attentats pareils, il y a plus de blessés que de morts!

 

La version Chiite

La seconde version est celle qui met en relief le rapprochement entre Damas et Tel-Aviv même si cela se passe d’une manière indirecte à travers l’intermédiaire turc. Cette volonté soudaine de Damas de reprendre les pourparlers dans le but d’aboutir à des négociations en face à face avec les dirigeants israéliens et plus tard à une paix durable, serait vue d’un mauvais œil par le Hezbollah et par les Iraniens. Ces derniers auraient tenté de trouver des alliés au sein des armées syriennes, notamment parmi ceux qui n’aiment pas trop nécessairement Assad et son équipe. Cette volonté iranienne qui met en relief des promesses qui auraient été faites par Assad à Israël de mettre de sérieux bâtons dans les roues de la machine de guerre et de la logistique du Hezbollah et de l’Iran en échange d’une place de choix sur l’échiquier régional, semble être le cœur de cette thèse. Ce qui crédite également cela, c’est l’assassinat aussi bien de Imad Moghnieh, le numéro 2 dans l’échelle de commandement des miliciens du Parti de Dieu et du Général Mohamed Sleiman qui, disait-on, était l’officier de liaison avec le Hezbollah. Or, voilà! Aussi plausible que cela puisse paraître, et si l’on considère les informations officieuses, bien que transmises par des diplomates, que la cible réelle était un général dans l’armée syrienne du nom de Abdel-Karim Abbas, un grand point d’interrogation se pointe alors! Et pour cause : Ce général en question est impliqué dans le dossier de l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais, qui est Sunnite, et avait été demandé à La Haye pour témoigner de ce qu’il sait de cet attentat. Or, voilà que l’attentat, semble-t-il, met un terme à sa visite annoncée, puisque selon des témoignages, sa limousine qui aurait été entièrement détruite et dans laquelle il se serait trouvé avec son fils, aurait été enlevée rapidement de la scène du crime par les autorités syriennes qui maintiennent leur version des « 17 tués et 14 blessés, tous des civils! »

 

La version plausible

Quant à la troisième thèse et qui semble être la plus plausible, Bachar al-Assad aurait finalement lu dans le livre machiavélique de son feu père Hafez al-Assad et aurait concocté toute cette affaire pour les raisons suivantes :

En se positionnant comme victime d’un acte de terrorisme semblable à ce qui touche Israël et les Américains ainsi que les Irakiens en Irak, le régime syrien attirera sans aucun doute l’attention mais aussi la sympathie des grands, le sortant ainsi de son isolation imposée par les États-Unis en particulier;

En éliminant un officier de haut rang qui allait témoigner sans doute contre sa personne, sa famille régnante et son régime en l’impliquant directement dans l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais, Assad mettrait indirectement fin à la durée de vie du Tribunal. Cela est d’autant plus vrai que les finances consacrées par l’ONU à ce tribunal international sont très limitées dans le temps et donc le tribunal ne peut survivre plus de deux ans;

En utilisant un bouc émissaire sunnite, il pourra alors justifier que ce sont les Sunnites intégristes du Nord du Liban et notamment à Tripoli et dans la région du Akkar qui sont derrière ce complot. Cette justification lui donnera alors les excuses pour une opération militaire de grande envergure contre les bases de ces derniers, au Liban. Cela est d’autant plus vrai surtout si l’armée libanaise n’arrive pas à entrer dans cette zone pour des raisons purement politiques largement créées par les alliés politiques de Damas au Liban. Ce faisant, l’armée libanaise serait alors désignée comme faible et incapable de mettre un terme à ces bases d’Al-Qaïda, justifiant du fait une opération militaire syrienne de grande envergure sur le sol libanais. Ce sera prendre la revanche sur les Libanais et contrôler de nouveau une partie importante du Nord sous prétexte de sauvegarder la Syrie des attaques à partir du Liban. Bien entendu, pour cela, l’armée libanaise devrait être affaiblie et son moral miné. Une campagne est alors nécessaire pour cela. Or, voilà qu’elle semble avoir commencé car pour la seconde fois, les soldats libanais sont la cibles au Liban Nord d’attentats suicides. Ce qui rend cette thèse plus crédible que les autres, c’est que récemment, le régime syrien aurait opéré une purge au sein de son armée sunnite et aurait massé les meilleurs de ses troupes d’élites alaouites, les tristement fameuses Panthères Roses sur la frontière libano-syrienne comme pour envoyer un message d’intimidation à l’actuel gouvernement libanais.

 

La maillon manquant…

Ainsi, cet attentat ne serait qu’un leurre de la part d’un Bachar al-Assad qui suit maintenant les enseignements machiavéliques de feu son père dans une optique plus générale, celle de sortir de l’isolement en ayant en main les meilleures cartes possibles pour une meilleure négociation avec les Israéliens mais surtout avec les Américains. Ce qui lui manque pour concrétiser cela, c’est un attentat majeur contre une ambassade ou des dignitaires occidentaux en Syrie même et dont les auteurs viendraient, bien entendu, du milieu sunnite… libanais !

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