La campagne électorale et la présence canadienne en Afghanistan.

By Pierre K. Malouf on October 2, 2008

Je n’avais pas aussitôt écrit dans ma chronique du 18 septembre (rédigée le 8) que le gouvernement conservateur (bientôt réélu) allait prolonger « la guerre en Afghanistan grâce à notre appui honteux », que Stephen Harper s’empressait de me rabrouer : la mission canadienne en prendra fin en 2011.  Le gouvernement conservateur a l’habitude de tenir ses promesses, bonnes ou mauvaises, j’espère qu’il ne tiendra pas celle-là ! 

Ne me faites pas de gros yeux et ne venez pas me susurrer, la main sur le cœur, que le Canada devrait se limiter à des missions de maintien de la paix : « Fuyons l’Afghanistan, équipons nos soldats de casques bleus usagés et de sabres de bois, puis offrons-leur des vacances de tout repos à la frontière hispano-portugaise, où aucun conflit n’a éclaté depuis la Guerre des oranges en 1801 ! »

M. Harper croit peut-être que la mission de l’ISAF (Force internationale d’assistance à la sécurité) placée sous commandement de l’OTAN depuis août 2003, aura atteint ses objectifs dès 2011.  Il se trompe.  Dans une interview accordée au Nouvel Observateur et publiée le 18 septembre, Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche stratégique et chercheur associé au CERI (Centre d’études et de recherches internationale) déclarait : « Pour pacifier l’Afghanistan, il faudrait 300 000 hommes, ce qui est hors de question.  A partir de là, la stratégie consistant à stabiliser le Nord en formant l’armée afghane et à combattre les talibans dans le Sud est la bonne. 

Mais il faut au moins dix à quinze ans pour former une armée nationale, surtout dans un tel pays.  Aurons-nous le courage d’y rester jusqu’en 2015 ?  Il va falloir attacher nos ceintures, car la route va être difficile et dangereuse [...].  Mais quelle est l’alternative ? La dernière fois que les pays occidentaux ont abandonné l’Afghanistan, ils s’en sont mordu les doigts.  »

D’autres experts parlent de deux cent mille hommes, la plupart ne fixent pas d’échéance. En 2008, les forces de l’ISAF comptent, aux dernières nouvelles, 47 600 hommes...  Un seul pays pourrait combler le vide. Vous avez deviné lequel.  Si Barack Obama est élu, il se peut que les forces militaires américaines soient déplacées de l’Irak vers l’Afghanistan. Ça ne se fera pas du jour au lendemain.  Les opinions publiques occidentales se prononcent toutes, et à forte majorité, pour le rapatriement de leurs soldats. Les gouvernements en place pourront-ils résister très longtemps aux pressions

populaires ? Le 18 août, 10 soldats français ont été tués et 21 ont été blessés dans une embuscade tendue par une centaine de talibans à quelques kilomètres de Kaboul. L’Assemblée nationale vient quand même de reconduire, à 343 voix contre 210, l’engagement militaire de la France au sein de l’ISAF.  Sage décision, mais le retrait prématuré des troupes françaises n’est sans doute que partie remise.  Peut-être dans un an ou deux la France devancera-t-elle la désertion du Canada.  Et les Luxembourgeois, qui  ont la mémoire aussi courte que nous, comment réagiront-ils quand un de leur neuf soldats sera tué ?  Poser la question, c’est y répondre. 

Si M. Harper croit s’attirer des votes avec sa promesse, il rêve en couleur, car quoi qu’il fasse désormais pour se dédouaner, son nom est à jamais soudé à celui de Bush.  Je parie ma chemise que lors des débats qui auront lieu les 1er et 2 octobre (je mets la dernière main à cet article le 25 septembre, c’est pourquoi je parle au futur), débats où la question de l’Afghanistan sera abordée, le mot « Bush » reviendra tel un mantra dans la « bouche » de ses adversaires : « Vous faites la politique de Bush ! » (Dans quelques mois, ils se scandaliseront de la politique d’Obama... ou de celle de McCain.)  Jack Layton ira plus loin que tout le monde en déclarant que la terre est assurément plate puisque Bush croit qu’elle est ronde.  Il insistera d’un même souffle pour que nous nous couvrions de honte et de ridicule en rapatriant nos troupes immédiatement. 

Je vous le dis : si Stéphane Dion se singularise en ne nous servant pas l’argument Bush, s’il se distingue de  Harper en n’annonçant pas aux talibans la date de notre débandade, eh bien...  je vote libéral !

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