Le printemps arabe: Qu’a-t-on appris de la Leçon?

By Alain de Perlycroix on December 16, 2011

Il y a un proverbe/adage anglais qui dit: “What goes around comes around”. Mais lorsqu’il s’agit de mettre en pratique ce dernier dans un pays, tel la Syrie, on est mieux de retourner dans le temps quelques années en arrière pour revoir le passé afin de tenter de prédire l’avenir, car hélas, nul ne connait maintenant la suite de ce que le Proche-Orient va vivre à la suite de la déstabilisation de la presque dernière dictature « républicaine » dans la région.

En effet, pour des années, le régime des Assad a gouverné par le feu et le sang écrasant non seulement sa propre population mais également les peuples voisins, dont principalement les Libanais sous l’œil complice des ses alliés d’hier. Cela lui avait valu également et ironiquement le respect des Administrations Bush, Clinton et Bush fils jusqu’en 2005 date de l’assassinat du feu Premier ministre du Liban, Rafic Hariri, ami des Bush et financier international. 

Cet assassinat avait fait déborder le vase du ras-le-bol et presque la moitié de la population libanaise s’étaient retrouvée dans la rue, toutes religions confondues pour réclamer le départ des troupes d’occupation syriennes. Le printemps des peuples arabes prenait alors son envol à partir du Pays du Cèdre.

Quelques années plus tard, nous voilà en train de revivre les mêmes soulèvements populaires des autres peuples arabes de la région. Et la Syrie n’échappe pas à la règle. Ironiquement, mêmes les alliés d’hier de Damas, sont rendus ses critiques obligés après la chute des régimes dictatoriaux en 2011. Comme si l’Administration américaine et les pays européens se sont rendu-compte qu’ils ne pouvaient plus avoir deux discours pour une même réalité. Hypocrisie ou éveil? Seule l’histoire permettra de confirmer l’une ou l’autre de ces deux possibilités!

L’effet domino!

Or, pour mieux comprendre cette dynamique et essayer de savoir ce qui a conduit en très peu de temps à l’effritement des régimes qui ont longtemps étaient considérés comme les alliés indéfectibles des Américains, un retour dans l’histoire devient alors un must. 

En effet, suite aux événements du 11 septembre 2001 et la prise de l’Irak par les troupes américaines, une nouvelle dynamique avait été alors créée. Les auteurs de cette dynamique avaient trouvé en les régimes arabes existants des vassaux de l’Occident, exécutant leurs ordres et maintenant leurs bons offices tout en écrasant par le sang et le feu leurs populations mais également les autres voisins comme c’était le cas du Liban sous l’occupation syrienne.

Ainsi, prenant conscience de la nécessité de changement de ces régimes dictatoriaux et des monarchies absolues accusés d’être à la solde du « Grand Satan » (les États-Unis), les auteurs de cette nouvelle dynamique, dont Osama Bin Laden, s’étaient alors décidés de financer et de mener des actions de « Jihad », la guerre sainte telle que définie dans les écrits sacrés des musulmans, pour libérer la terre d’Islam de cette « impureté » que représentaient lesdits régimes et du coup évincer la présence des « infidèles », les descendants des « Croisés », c’est-à-dire les Américains, de la sphère d’influence arabe et musulmane en particulier. Ce fut alors les attentats du 11 septembre 2001 et tout ce qui s’en suivit.

La ressemblance des objectifs mène à l’union dans l’action

Ces mouvements musulmans fondamentalistes, bien que diverses et n’ayant souvent rien en commun à part un ennemi ou deux plus exactement : les Américains et les Israéliens, ont réussi malgré tout à fortifier leur présence en obligeant parfois leurs régimes à faire des concessions à travers une mascarade de pseudo-élections dont la plupart était truquée, mais qui a tout de même permis aux plus fondamentalistes de gruger de nombreux sièges dans les parlement desdits pays, dont l’Égypte à titre d’exemple.

MIddle_east_map.jpgBien qu’important dans le conscient de ses mouvements à mouvance islamique, souvent salafistes, dont les Frères musulmans, le gain de sièges n’étaient en effet qu’un prélude à un agenda plus vaste qui avait pour objectif final la prise de pouvoir et la mise à mort de régimes accusés de tous les maux possibles et imaginaires mais surtout de s’être vendus à un Occident impérialiste cherchant – entre autre – à confisquer les richesses naturelles des peuples musulmans. D’ailleurs, il aurait fallu la guerre d’Irak et l’occupation de ce pays par les troupes américaines sous l’excuse d’instaurer la démocratie pour comprendre que les Américains n’avaient pas réellement anticipé la sauvegarde de la paix dans un pays qui n’a connu depuis des décennies que dictatures et oppression. Cela dit, les analystes de la région avaient anticipé un effritement de la situation interne pouvant mener à des guerres fratricides et meurtrière interethniques, dans l’absence d’un gouvernement central et fort!

Pis, pour les Salafistes, la guerre de l’Irak était la perte du pouvoir sunnite au profit d’une population chiite majoritaire. Une perte qui ne peut pas être acceptée par les Salafistes qui perçoivent les Chiites comme des hérétiques et qu’ils accusent d’être à la solde des ayatollahs de l’Iran. Cela ajouta de l’huile sur le feu et la mobilisation des Sunnites à travers la région devint telle que les insurgés en Irak parvinrent de tout bord, y compris de la Syrie avec la connivence et l’encouragement de Damas. Cela conduisait à miner la présence des Américains et leur plan de voir un Irak stabilisé et démocratique comme la propagande états-unienne aimait le publiciser.

Or, le résultat était la prise de conscience par les autres mouvements islamistes à tendance salafiste dans la région que l’Occident n’était plus capable d’imposer sa loi et qu’il finirait par quitter les pays musulman à force de perdre de soldats dans des attentats. D’ailleurs, Israël avait débuté cette stratégie de replie sur soi après la perte élevée en soldats avant l’an 2000 au Liban causée par des attentats commis par le Hezbollah. Cela avait conduit Ehud Barak, à l’époque, à prendre la décision de délaisser ses alliés libanais et de rentrer au bercail occasionnant du fait la fin de la zone dite de sécurité au Sud Liban et faisant du coup du Hezbollah le « premier » groupe au Moyen-Orient « a avoir remporté la guerre contre Tsahal » jusque là « imbattable » dans l’imaginaire arabe et musulman.

Cette leçon bien appris par les Islamistes a encourageait Ben-Laden et ses sbires à utiliser alors l’arme de la terreur pour arriver à briser le moral des décideurs occidentaux les conduisant aux décisions de retrait des pays musulmans où ils se trouvaient dans une tentative, officiellement d’instaurer la paix et la démocratie à l’occidentale.

L’occupation de l’Irak, la première pierre dans la mise d’un nouveau Sykes-Picot

La guerre de l’Irak en 2003, sonna alors le glas de Sykes-Picot! Cela était visible à travers la fin de l’Irak comme nous le connaissions jusqu’alors. Depuis, et même après le retrait des troupes américaines quelques années plus tard, l’Irak continue de se rechercher sans parler des attentats fratricides qui continuent jusqu’à date mais dont l’information est devenue tellement banalisée par les médias occidentaux qu’on entend plus parler des dizaines de morts qui tombent au quotidien suite aux voitures piégées et autres attentats visant aussi bien les uns que les autres des communautés chiites et sunnites. Quant aux Chrétiens d’Irak, ils deviennent de plus en plus une denrée rare car forcés de quitter leur pays pour survivre les attentats qui cherchent justement à les tuer ou à les pousser à émigrer laissant derrière eux, terres et une histoire vieille de deux mille ans…

Cette même histoire, ne semble pas avoir été apprise par les Occidentaux et à leur tête les États-Unis car voilà que depuis la Tunisie jusqu’en Syrie en passant par l’Égypte et la Lybie, les dictatures tombent comme un château de cartes mais non sans laisser un sérieux questionnement quant à l’avenir desdits pays. 

En effet, considérés comme « le printemps arabe », ces révolutions spontanées à première vue, ne semblent en fait être que le travail bien calculé et analysé puis mis à exécution par les mouvements islamistes qui attendaient le moment opportun pour se lancer sur la scène. À leur avantage, un Occident de plus en plus faible économiquement et la peur de se noyer dans un nouvel Irak avec toutes les répercussions qu’une telle possibilité pourrait avoir sur leur opinion publique et sur leur économie. À cela s’ajoute le spectre des éventuelles pertes en vie humaine en cas d’une décision d’intervention sur le terrain pour appuyer ceux que les Américains considéraient comme étant leur alliés pragmatiques dans la région.

La réussite égyptienne des Frères musulmans

D’ailleurs et pour prendre l’exemple de l’Égypte, le mouvement de la jeunesse qui, s’il a commencé par être spontané, comme considère de nombreux analystes occidentaux, a vite tourné à la faveur des Islamistes, en l’occurrence, les Frères musulmans à cause notamment d’une absence de la solidité de la société civile, longtemps contrôlée par le régime dictatorial de Moubarak. Or, et comme par hasard, les Frères musulmans échappaient à tout contrôle direct. Bien que sujets à une oppression du régime jusqu’à il y a quelques années, le régime Moubarak s’était rendu compte qu’il ne pouvait plus maintenir une main de fer contre eux car ils avaient réussi à monopoliser une rue de plus en plus pauvre et endoctrinée contre le régime. Le résultat ne pouvait être que la mise en place de ce que Moubarak avait qualifié de politique d’ouverture et le début d’une série de réformes qui allait permettre le multipartisme. C’est ainsi que les Frères musulmans firent leur entrée triomphale au Parlement égyptien.

Or, voyant la montée de la colère en Tunis dirigeait principalement par les Frères musulmans et autres groupement islamistes, prendre le dessus d’un régime délaissé en très peu de temps par ses propres alliés occidentaux qui l’avaient protégé durant des décennies, les autres partis cousins ont vite réagit et lancé à leur tour les leurs dans les rues pour prendre d’assaut le régime en place dans les pays où ils se trouvaient.

L’Égypte n’avait pas échappé à cette règle. Voilà que les Frères musulmans reprennent activement du service et tente coûte que coûte de récupérer le mouvement estudiantin qui, selon de nombreux analystes égyptiens et arabes informés, l’aurait déjà été depuis le premier mois de manifestations car les Frères musulmans étaient les seuls capables de monopoliser autant de personnes en très peu de temps pour se retrouver dans les rue en appui aux étudiants… Cela avait comme conséquence, la dépendance de la réussite du mouvement des jeunes sur les Frères musulmans qui auraient fini non seulement par le pénétrer à travers de jeunes gens bien endoctrinés, mais d’en prendre le contrôle sous l’égide d’un slogan à la recherche de plus de liberté et de démocratie en Égypte.

D’ailleurs, la dernière crise de la semaine passée démontre que les choses ne se calmeront pas en Égypte tant et aussi longtemps les élections ne conduisent pas à un nouveau gouvernement n’ayant aucun membre ou presque de l’ancien régime supposé être évincé avec l’arrestation de Moubarak. Or, l’armée égyptienne se trouve actuellement entre l’enclume de permettre des élections complètement libres et le marteau du résultat escompté suite auxdites élections. 

Entre l’enclume de la démocratie et le marteau du résultat islamiste anticipé!

En effet, dans l’hypothèse où l’armée égyptienne permette des élections totalement libres et transparentes sans un quelconque interventionnisme, le résultat escompté sera sans doute, selon de nombreux analystes égyptiens, annonciateur de la prise du pouvoir « démocratiquement » par les Frères musulmans. Cela voudrait dire que toutes les ententes de paix conclues avec Israël pourraient se retrouver d’un jour à l’autre aux calendes grecques créant ainsi une toute nouvelle dynamique de tension dans la région. La réussite des Frères musulmans, comme se fut le cas en Tunisie, serait le fruit du fait que ce sont les seuls groupes à être bien organisés et qui peuvent compter sur la majorité d’une population pauvre et opprimée par l’ancien régime et qui avait trouvé dans les mouvements islamistes de quoi les aider dans leur quotidien. Aussi important, serait la mobilisation de tous les autres groupements similaires dans les autres pays pour venir en aide aux Frères musulmans de l’Égypte dans un effort islamique qui transcende les frontières des pays au nom de la Oma (nation) musulmane. Les autres partis politiques en Égypte que l’Occident espère trouver au gouvernement, souvent formés par des élites éduquées en Occident, n’auront que peu de chances d’accéder car la masse est tellement endoctrinée contre l’Occident qu’elle voit en ces derniers des agents… de l’Occident. Les Coptes eux, comme les autres Chrétiens de la région, deviennent du coup des cibles de plus en plus faciles dans une tentative de les forcer à quitter leur pays ou mourir sous l’œil presqu’indifférent (complice ou impuissant?) de l’Occident…

La Libye, bien que ce soit trop tôt pour connaître l’avenir, semble se diriger sur le même chemin fratricide que celui de l’Irak. Toutefois, à la différence qu’il soit fratricide sunnite-chiite, celui qui se pointe à l’horizon après l’exécution du Colonel Mouammar Kadhafi est tribal, telle le confirme la multitude de guéguerres meurtrières que se livrent les différentes milices ayant des allégeances tribales différentes. Une chose pour sûre, c’est la loi islamique, la Charia qui sera celle de l’État comme en Tunisie… démocratiquement!

Damas… dernier espoir pour un despote versus dislocation tous azimuts !

Et voilà que les cousins des cousins, les Frères musulmans de Syrie, longtemps opprimés par le régime Assad sous le l’œil complice des États-Unis et des Européens, se lancent dans la dernière bataille pour faire tomber celui qui a longtemps représenté pour les Américains la stabilité du front Israélo-arabe. 

En effet, aussi étrange que cela puisse paraître sans la connivence des Assad père et fils avec les puissances occidentales et notamment américaines, les frontières nord et nord-est d’Israël pouvaient être une zone en constante ébullition. Or, cette stabilité quasi omniprésente est le fruit d’une politique d’entente tacite bien claire entre les Américains et le régime Assad. Les quelques actions du Hezbollah contre l’État hébreu sont principalement le fruit de la politique iranienne dans la région qui cherchait à se démarquer un peu de son allié syrien lorsqu’il s’agissait d’une tentative de diminution de la pression occidentale sur le régime des ayatollahs notamment en matière de nucléaire…!

Aujourd’hui, pris par le slogan de « printemps arabe » et de la « démocratisation » de ce monde et la fin des dictatures, l’Occident et notamment les Américains sont incapables d’adopter la même attitude vis-à-vis de la Syrie comme dans les autres pays. Car ici, et à la différence des autres pays arabes, les intérêts américains sont plus nombreux et l’avenir de l’État hébreu est en jeu. Or, le dilemme devient alors pour l’administration Obama celui de savoir s’il applique la même décision comme ce fut le cas contre la Libye ou laissera-t-il le temps au régime d’en finir avec la révolte populaire tout en croisant ses doigts pour que le régime résiste au peuple… 

Bien ce que cette attitude américaine semble impossible voire inconcevable pour beaucoup, il n’en demeure pas moins que le fait qu’il n’y a pas d’alternative au régime actuel en Syrie laisse fortement croire que les Américains jouent à l’Autruche, condamnant d’une part les exactions du régime contre sa propre population et se contentant de sanctions économiques pour calmer les esprits des autres peuples arabes et musulmans en particulier. 

Or, l’Administration américaine sait très bien que la fin du régime des Assad signifie la prise du pouvoir par les extrémistes musulmans ce qui se traduira rapidement par un bain de sang interreligieux en Syrie notamment et qui pourra enflammer la région et mettre en danger aussi bien la stabilité fragile du Liban mais également la sécurité de l’État d’Israël.

« Printemps arabe » ou victoire régionale du salafisme?

Que faire?  C’est la question que le monde occidental se pose après que le « Printemps arabe » semble être devenu la victoire des frères musulmans ou du salafisme tout court, qui, au nom d’une démocratie occidentale, prend d’assaut les amis de ce même Occident hypocrite qui avait longtemps fermé les yeux sur les exactions desdits régimes « amis » tant que ses intérêts étaient saufs. Il s’en suivit que le fondamentalisme avait fini par gagner sa mise en capitalisant sur les opprimer et en les endoctrinant pour le moment idéal. Le printemps arabe fut ce moment longtemps attendu.

Qu’elle leçon en tirer?

Une drôle de question pour certain car nul ne sait jusqu'où les changements dans ces pays arriveront à affecter l’avenir des peuples de la région… voire les relations entre l’Occident et les pays musulmans, qui désormais, portent réellement leur plein sens!

Ce qui est certain, c’est que sans l’aide occidentale immédiate, dans le cas de l’Égypte et la Libye, plus tard le Yemen, ainsi que les autres pays arabes dont les régimes semblent chancelant y compris en Syrie, 2012 verra réellement la fin du monde… ou plus exactement la fin d’un monde comme nous l’avions connu depuis la fin de la Grande Guerre… la fin de Sykes-Picot… L’avenir ne semble pas non plus clair au cas où ce monde venait à une fin… la guerre fratricide prendrait alors plus d’ampleur et la fameuse « prédilection » du philosophe français aura alors tout son sens : « le XXIème siècle sera religieux ou ne le sera point ». À voir le résultat du printemps arabe, sans le « débarquement » économique et culturel à l’appui de la société civile dans les pays du « Printemps arabe » dans une tentative de récupérer les mouvements de la jeunesse « révolutionnaire » des radicaux musulmans, le XXIème siècle sera sans doute alors chargé de guerre de religions. 

En attendant la suite de l’histoire, le dicton que les régimes évincés répètent désormais, est plus jamais d’actualité : « Il est dangereux d’être l’ennemi des États-Unis, mais il est mortel d’être leur ami ».

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