The Métropolitain

√Člections pour les nuls

By Pierre K. Malouf on November 27, 2008

Je regarde aller M. Charest, M. Dumont, Mme Marois (voire Mme David et son acolyte), et je me pâme !  Ces gens-là ont vraiment le goût du risque.  En politique, la victoire ou la défaite d’un backbencher, d’un chef, d’un parti, dépendent en effet de nombreux facteurs, sur lesquels le candidat n’exerce généralement aucun contrôle.  Faire de la politique, c’est vivre dangereusement. Quelles que soient les circonstances, il est quand même de grands principes que tout politicien doit respecter s’il veut mettre toutes les chances de son côté.  Ceux que je viens de nommer sont à cet égard d’excellents modèles. Les conseils que je vais donner me viennent d’eux, c’est-à-dire de l’observation de leurs faits et gestes :

Promettez toujours de geler tous les tarifs : frais de scolarité, frais de garderie, tarifs d’électricité, permis de pêche, droits d’immatriculation, primes d’assurance, etc.  Vous ferez ainsi plaisir à tout le monde : étudiants, parents, branchés, pêcheurs, automobilistes, révolutionnaires, réactionnaires, et j’en passe.  Vous n’ignorez pas, évidemment, qu’il n’y a rien de plus néfaste à long terme pour les finances publiques qu’un « gel des tarifs ». Soit !  Mais n’en dites rien, n’avouez pas, jurez sur la tête de vos petits-enfants que de votre vivant  les tarifs demeureront (con)gelés.  Peut-être virerez-vous capot quand vous serez bien installé au pouvoir, mais ce sera pour le bien public.

Les arguments ne vous manqueront d’ailleurs pas pour justifier une volte-face qui sera plutôt portée à votre crédit.  On dira qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’idée.  L’important, en effet, c’est qu’ici et maintenant le citoyen vous trouve gentil.  Bien sûr, l’argent ne poussant pas dans les arbres, le contribuable paiera en taxes et impôts ce qu’il ne défraie pas comme utilisateur du gentil service si gracieusement (con)gelé.  Ne vous en faites pas, le (con)tribuable ayant la mémoire courte, vous n’avez rien à perdre, tout à gagner.  Vivez dans le présent !

     2 ) Dites que vous allez étendre la couverture sociale et  améliorer les services sans imposer ni taxer davantage, sans provoquer de déficit, sans augmenter la dette publique, sans alourdir la bureaucratie. Ne vous gênez pas pour promettre la quadrature du cercle : ouvrir une nouvelle place en garderie pour tout enfant en âge de téter ou de tirer les cheveux ; jurez sans rougir que vous allez engager 4000 enseignants de plus, que vous allez accélérer la formation des médecins et des infirmières, désengorger les urgences, réduire le décrochage scolaire, colmater les nids-de-poules, multiplier les logements sociaux, abolir par décret la pauvreté, la bêtise,  le coryza et l’onychophagie.

3 ) Accusez systématiquement vos adversaires d’être responsables des problèmes actuels.  De deux choses l’une : ou bien ils exercèrent le pouvoir avant vous, auquel cas les arguments ne vous manqueront pas pour justifier vos assertions ; ou bien ils croupissent dans l’opposition depuis des lustres, voire des décennies, auquel cas vous direz plutôt qu’ils constituent une menace pour l’avenir.  Vous aurez assurément raison, car il est certain que vos adversaires, s’ils vous délogent du pouvoir, seront effectivement responsables des problèmes futurs.  Bien sûr, ils ne se gêneront pas pour répéter à leur tour que vous, qui les avez précédés, êtes responsable de tout ce qui ira mal après-demain.  Telle est la règle du jeu.  Vous reprendrez un jour le pouvoir et radoterez le même refrain.

4 ) Si vous n’avez plus rien à perdre, devenez suicidaire. Ainsi, quand vous proposez (excellente idée) d’abolir le programme Éthique et Culture religieuse, entourez-vous de bérêts-blancs.  Empressez-vous de perdre toute crédibilité en promettant la lune.  Quel risque y a-t-il ?  Les électeurs on beau ne plus croire aux promesses des politiciens, ils vous accuseront de n’avoir pas de programme si vous n’en faites pas.  Si nécessaire, prenez le citoyen à rebrousse-poil : promettez du sang, de la sueur et des larmes.  Commettez l’irréparable : refusez de participer à la grand-messe nationale du dimanche soir.  Si l’animateur exige des excuses, insultez-le derechef.  Vos outrances vous attireront la sympathie des marginaux de la mystérieuse région de Québec.  Peut-être alors un miracle se produira-t-il et raterez-vous votre suicide, ce qui constituera au fond une belle petite victoire.