The Métropolitain

Réjean Thomas et le SIDA

By René Girard on February 5, 2009

Une vérité qui n’est dite qu’à demi ne sert nullement la cause que l’on défend.  Grand défenseur d’une cause dont on ne peut que le féliciter, Réjean Thomas, à chaque fois qu’il apparaît en public, occulte néanmoins une partie importante de la vérité, et nuit en fin de compte à la cause qu’il défend. 

Ce fut encore le cas la veille du Nouvel An, lors de son apparition à l’émission Tout le monde en parle.  Le docteur Thomas aura ainsi manqué une autre occasion en or de désigner l’un des grands responsables de la propagation du sida dans le monde : l’Église catholique et son chef Benoît XVI.  Que lui aurait-il coûté de dénoncer cet état de fait ? L’usage du condom sauve des vies.  Si c’est bon pour nous autres, pourquoi ce ne le serait pas pour les autres ?  Pourquoi le docteur ne profite-t-il pas des tribunes qui lui sont offertes grâce à sa notoriété pour dénoncer l’Église catholique qui interdit l’usage du condom dans les pays africains ou d’Amérique latine , là où elle occupe une place dominante ?  Que craint-il ?  Serait-ce donc qu’il n’est pas libre de parler ou que le faire serait menaçant pour lui ? Alors, le sida ferait également une victime de plus, mais à un autre niveau.  Et combien d’autres qui n’osent le dire.

Faut quand même donner crédit à Raymond Gravel qui, lui, n’a pas craint de dire la vérité, bien qu’en tentant maladroitement de défendre l’Église, dans un texte paru dans Le Devoir du 8 juillet 2008, où il affirmait : « Il serait dangereux de condamner Henry Morgentaler pour génocide ou pour crime contre l’humanité parce qu’il serait responsable de la mort de milliers de fœtus humains, comme il serait injuste de condamner l’Église qui, en refusant l’usage du condom aux pays d’Afrique, aurait provoqué la mort de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ayant contracté le virus du Sida. »

Or, si un prêtre catholique ose le dire (quoique de manière fort ambiguë), à plus forte raison un professionnel de la santé a-t-il le devoir de dénoncer une institution qui nuit aux efforts pour éradiquer ce fléau mondial.  Existe-t-il une raison suffisante pour accepter dans certains pays une conduite aussi assassine ? Accepterons-nous encore longtemps cette forme de terrorisme de la conscience exercé par une religion, quelle qu’elle soit?

Les églises et les religions de par le monde peuvent bien s’occuper des choses divines tant qu’elles veulent.  Ça les regarde.  Mais pour ce qui a trait à l’humain, elles sont d’une totale incompétence.  Depuis des siècles, l’Histoire nous montre que leurs dogmes et doctrines sont contredits par la science.  La médecine, qui s’appuie sur l’expérience, montre mieux ce qui est nécessaire à l’homme pour conserver la santé que tous ces principes éthérés de la religion qui nuisent à la santé et au bonheur de l’homme sur terre.  Il est donc de la responsabilité de ceux qui connaissent la vérité de la dire à ces peuples qui souffrent inutilement. 

À l’heure de la mondialisation, il devient inacceptable de tolérer un tel état de fait alors que des organisations humanitaires existent à peu près partout dans le monde. Qu’attendent-elles pour offrir une meilleure éducation et pour dénoncer l’Église catholique et ses funestes abus de pouvoir ?  Cette Église, qui s’arroge même le droit de torturer les consciences, préfère maintenir les pauvres dans l’ignorance pour mieux les maltraiter, en leur faisant croire que leurs souffrances apaiseraient la colère d’un Père qui se repaît de voir ses enfants expier leurs supposées fautes dans les douleurs les plus atroces.  Un tel « Père » est rien de moins qu’ignoble. 

Alors que l’être humain est fait pour le bonheur sur terre, qu’il le veuille donc pour lui-même et pour ses semblables.  Ceux qui cherchent à l’éloigner de ce but fondamental ne lui veulent que du mal et finissent par parvenir à leurs fins.

Alors, je reviens à vous, Docteur Thomas : votre silence serait-il une approbation tacite des édits malsains de l’Église catholique au sujet du Sida ?  Ou sinon, qu’est ce qui vous musèle ?